Title: Travail du 1er mai ---- Blocks: [{"content":{"text":"
Nous, Français, préférons souvent discuter de principes plutôt que de régler les problèmes concrets. Exemple du travail le 1er mai.
Tout commence par quelques inspecteurs du travail un peu obtus localement (Vendée, Charente, Lyon, Paris) qui, au lieu de respecter une tolérance inscrite dans les mœurs nationales depuis 1947 et encadrée par plusieurs accords signés par les partenaires sociaux de l’artisanat, verbalisent une dizaine de boulangeries en 2023 (sur 34 000 dans toute la France), ensuite relaxées, et quelques jardineries et fleuristes (sur 8000).
Ces contrôles ultra marginaux et localisés s’étant reproduits en 2024 et 2025, les organisations patronales, si promptes habituellement à dénoncer l’épaisseur du code du travail, exigent qu’on y ajoute quelques pages supplémentaires pour sortir d’une « insécurité juridique générale insupportable ».
Première montée aux principes.
Entrent ensuite dans la danse les partis politiques de la droite et du centre qui, au lieu de chercher à régler un problème particulier et localisé par un traitement proportionné (par exemple en passant un message d’intelligence sociale aux inspecteurs du travail concernés, y compris via les organisations syndicales), se saisissent du sujet pour en faire une question politique de principe : « on empêche les gens de travailler dans ce pays, le droit du travail ne doit pas entraver le droit au travail ».
Et voilà les mêmes qui, après avoir juré de faire de la simplification normative une priorité nationale, entendent eux aussi résoudre un problème ponctuel par une nouvelle loi générale, assortie d’un décret en Conseil d’Etat.
Deuxième montée aux principes.
Enfin, à leur tour, les partis de gauche et les organisations syndicales convertissent la question en cause nationale, en dénonçant une attaque contre le droit du travail, alors qu’il s’agit simplement de régler, certes maladroitement, mais quand même, un problème circonscrit et isolé. ➡️ Troisième montée aux principes.
Deux enseignements de cette pièce française :
1/ Les Français de la République et les Français de l’Ancien Régime sont les mêmes : au lieu de résoudre localement un problème local, ils en appellent à l’Etat central.
Mais comme la nouvelle loi générale ne contente jamais tout le monde, on la change sans cesse. « Le gouvernement central change sans cesse quelques règlements ou quelques lois », disait encore Tocqueville à propos de l’Ancien Régime. L’habitus républicain est le même.
2/ Notre propension nationale à faire de tout problème particulier une question de principes ne facilite pas, hier comme aujourd’hui, notre capacité collective à les résoudre de façon consensuelle.
On ne transige pas avec ses principes, de sorte que la moindre question, au lieu d’être appréciée à sa juste mesure, devient identitaire. Tocqueville à nouveau, caractérisant notre esprit national, gouvernants comme gouvernés : « même attrait pour la théorie générale, même mépris pour les faits existants ».